Ce qui me touche, c'est de rendre leur lumière aux pièces que le temps a abîmées. Dans chaque restauration, je retrouve les gestes d'autrefois. Ce reflet du passé ne me quitte jamais. »

Joëlle Serres, créatrice de l’atelier Marie Lavande

Joëlle Serre — Celle qui a fait du linge un art de vivre

En 1988, à Paris, Joëlle Serre fonde l'atelier Marie Lavande. Elle aime à dire, avec l'élégance tranquille de celles qui savent exactement ce qu'elles valent, que Marie Lavande est « à la blanchisserie ce que Rolls-Royce est à l'automobile ». Celles et ceux qui lui ont confié leurs pièces les plus précieuses ne la contrediront pas.

Sa spécialité : les nappes et serviettes d'exception, rares ou de grande qualité. Dans l'atelier, ses ouvrières manient des fers à sec pesant deux à trois kilos avec des gestes lents et précis, hérités d'une époque révolue. D'autres, penchées sur leurs établis, restaurent avec une minutie infinie broderies et dentelles — comme si le temps, ici, n'avait aucune prise.

Une vocation inattendue

Rien, en apparence, ne destinait Joëlle Serre à devenir lingère. Analyste financière de formation, elle évolue dans le monde des chiffres avec la même rigueur qu'elle appliquera plus tard au fil et à l'aiguille. Mais un jour, par goût du changement — et peut-être par fidélité à une passion secrète pour le beau linge — elle s'inscrit à l'École Française de Restauration d'Œuvres d'Art. Quelques années plus tard, la décision est prise. En 1988, elle tourne le dos à la finance et fonde Marie Lavande, maison d'entretien et de restauration de textiles anciens et haut de gamme.

« Pour moi, le linge est synonyme de luxe, de raffinement et d'intimité », confie-t-elle. « C'est l'humilité de la beauté. »

Une clientèle mondiale — et silencieuse

De New York à l'Écosse, du Venezuela aux rives du Golfe, les grandes familles lui envoient leur linge le plus précieux. On n'en saura guère plus. La discrétion est ici une règle d'or, presque une seconde nature.

C'est dans les pièces elles-mêmes que se lit toute l'étendue du travail. Joëlle renoue les brides effilochées d'une nappe Richelieu, chasse le jaunissement et les moisissures laissés par un trop long séjour en armoire, efface avec patience les brûlures de cigarette ou de bougie — accidents, dit-elle, bien plus fréquents qu'on ne l'imagine.

Mais ce qu'on lui confie le plus souvent, ce sont les restaurations de broderies : nappes transmises de génération en génération, draps anciens, voiles de mariée, robes de baptême chargées d'histoire. Son chef-d'œuvre ? Une robe datant de 1645, demeurée dans la même famille jusqu'à aujourd'hui. On lui demanda d'y broder toutes les dates des baptêmes que cette robe avait habillés, avec les prénoms de chaque enfant. C'est cela, le linge de patrimoine.

La poésie de la restauration

« Ce qui me passionne », explique-t-elle, « c'est de redonner tout leur éclat à des objets sublimes, abîmés par le temps. C'est aussi retrouver les gestes des artisans du XVIIIe siècle. J'aime ce reflet du passé. »

Entre ses mains, le linge n'est jamais simplement du tissu. C'est une mémoire — que l'on répare, que l'on prolonge, que l'on rend à la lumière.